Guggenheim
Introduction

Richard Long
Cercle de Bilbao (Bilbao Circle), 2000
Ardoise de Delabole
Diamètre: 13 m
Guggenheim Bilbao Museoa
Photo : Erika Barahona Ede
© FMGB Guggenheim Bilbao Museoa

“Mon travail porte beaucoup sur l’idée de liberté et de créer de l’art presque à partir de rien, seulement en marchant ou en laissant des traces. Faire des monuments ne m’a jamais intéressé. Moi, je suis un artiste du monde”[1]

Richard Long (Bristol, 2 juin 1945) est l’un des artistes britanniques les plus représentatifs du Land Art. Pour créer ses œuvres, Long marche pendant des heures, des jours ou des semaines, couvrant parfois de longues distances, puis documente ses vagabondages à l’aide de photographies de grandes dimensions assorties de légendes, de cartes et de listes de termes descriptifs, qui sont exposées comme des œuvres à part entière. La campagne anglaise, irlandaise ou écossaise, les montagnes du Népal et du Japon et les plaines d’Afrique, du Mexique et de la Bolivie sont quelques-uns des lieux qu’il a parcourus pour réaliser ses œuvres.

En 1967, âgé à peine de 22 ans, Long réalise sa première marche dans une prairie du Wiltshire (Angleterre), en foulant l’herbe inlassablement jusqu’à tracer un sentier parfaitement rectiligne qui laisse une ligne bien définie sur le sol. Après sa longue marche, il photographie le paysage créé par ses pas et s’en va, ayant ainsi laissé un témoignage de sa présence. Son but est alors de convertir cette marche et sa documentation en une œuvre d’art. L’œuvre, intitulée Une ligne tracée en marchant (A Line Made by Walking, 1967), est pour cet artiste — qui voulait simplement expérimenter avec son empreinte dans la nature —, le premier pas d’un voyage de toute une vie au cours duquel il a transformé un acte aussi élémentaire et quotidien que marcher en un outil artistique.[2] Cette action a marqué le début d’une trajectoire qui l’a conduit à explorer et à intervenir sur des paysages du monde entier, en modifiant le terrain, en changeant de place certains matériaux dans la propre nature ou en les extrayant pour les emporter jusqu’à des salles de musée.

Les marches de Long ne sont ni arbitraires ni aléatoires, car l’artiste se fixe différentes tâches à accomplir sur son parcours, comme par exemple marcher en suivant une ligne tout à fait droite sur une distance donnée, accompagner une rivière jusqu'au bout ou ramasser des cailloux pour ensuite en jalonner le chemin. En outre, pendant ses parcours, Long étudie les lieux à fond pour prendre en compte les éléments que la nature lui offre, les enregistre sous forme d’images et les imprègne de l’histoire de ces espaces ouverts et de l’énergie dont ils sont chargés.

Guidé par un profond respect pour la nature, la flore et la faune de chaque lieu, Long n’effectue jamais d’altérations significatives des paysages qu’il traverse : il marque légèrement le sol, modifie ou souligne certains accidents naturels déjà existants, en soulevant des pierres, en utilisant du bois ou en réalisant des traits simples. Il crée ainsi des sculptures d’une grande simplicité avec les matériaux de chaque endroit et laisse un témoignage de sa présence. Pour Long, ce témoignage doit être éphémère et il laisse en conséquence ses œuvres exposées aux intempéries afin qu’elles soient peu à peu dissoutes par le vent, la pluie ou les marées. De cette façon, l’artiste s’emploie à contester la maîtrise de l’être humain sur la nature. Les photographies de ces sculptures organiques sont la seule preuve qui reste de leur existence après l’effet de l’érosion.[3]

Toutefois, les œuvres de Richard Long ne sont pas toujours de l’art éphémère et à l’air libre. Parfois, après ses longues marches, l’artiste transpose ses expériences personnelles avec la nature dans des sculptures et des dessins qu’il expose dans des musées ou des galeries. Dans ces œuvres il a recours à l’argile, aux roches, à l’ardoise, aux plumes, aux aiguilles de pin, aux bâtons et à d’autres matériaux bruts, qui agissent comme autant de métaphores des chemins qu’il a parcourus. Souvent, les spirales, les cercles et les lignes se prolongent au-delà des murs des espaces où ils sont exposés, dessinant ainsi et représentant les distances réelles qu’il a couvertes. Dans Cercle de Bilbao (Bilbao Circle), créé en 2000 pour le Musée Guggenheim Bilbao, le spectateur peut revivre, en faisant le tour de la sculpture, le périple suivi par le propre artiste.

Cercle de Bilbao est composé par des morceaux d’ardoise de la carrière de Delabole, un village de Cornouailles qui s’enorgueillit de posséder la plus ancienne carrière d’ardoise en activité de toute l’Angleterre. La pierre est l’un des premiers matériaux utilisés par l’être humain pour élaborer des outils et aussi, pour cette raison, un des matériaux préférés de l’artiste. Cercle de Bilbao, ainsi que d’autres œuvres que réalise Long avec le même matériau, est construit à partir de fragments d’ardoise plus ou moins longs, pour préserver dans la mesure du possible leur caractère naturel. En effet, si la forme circulaire est imposée par l’artiste, la forme naturelle et caractéristique de chaque morceau d’ardoise est respectée. Vue du haut, l’œuvre rappelle certaines configurations circulaires visibles dans les champs ou une formation préhistorique comme Stonehenge. Toutes les œuvres de Long évoquent un temps caractérisé par une relation plus spirituelle de l’être humain avec la terre.[4]

 

Questions

Observez attentivement l’œuvre : Que voyez-vous ? Quels termes pourriez-vous utiliser pour la décrire ? Commentez sa forme, son matériau et sa relation avec l’espace. Quelle forme géométrique pouvez-vous y distinguer ? Qu’est-ce qui attire votre attention dans cette œuvre ?

 

Long voyage dans des endroits spécifiques pour ramasser des matériaux pour ses œuvres. Pourquoi à votre avis le fait-il ? Cercle de Bilbao est réalisé avec de l’ardoise de Delabole. Informez-vous sur les caractéristiques de ce matériau. Pourquoi selon vous l’a-t-il choisi ? Que vous rappelle-t-il ? Quelles sensations vous causerait le fait de toucher cette sculpture si vous pouviez le faire ?

Le cercle fait 13 mètres de diamètre. Mesurez l’espace du sol de votre classe ou de la cour pour pouvoir comprendre les dimensions en faisant une comparaison. Comment selon vous la taille des choses affecte-t-elle la perception que nous en avons ? Et comment la taille d’une œuvre affecte-t-elle notre façon de la regarder ? Imaginez Cercle de Bilbao à une échelle beaucoup plus petite : comment changerait la perception que vous en avez ? Pourquoi à votre avis Long a-t-il choisi de la créer à cette échelle ? En faisant le tour de Cercle de Bilbao, nous pouvons revivre la marche du propre artiste. Marchez autour d’elle, que sentez-vous ?

La forme circulaire a été imposée par l’artiste, mais en préservant la forme naturelle et caractéristique de chaque morceau d’ardoise. Autrement dit, au lieu de tailler ou de sculpter ses œuvres, Long préfère les réaliser avec des matériaux qu’il trouve tels quels dans la nature et qu’il ne modifie pas. Que pensez-vous de la décision délibérée de l’artiste de réaliser des œuvres exclusivement à partir de matériaux directement tirés de la nature et non modifiés ? Quels avantages et inconvénients voyez-vous dans cette façon de travailler ? Pourquoi selon vous a-t-il choisi de procéder de cette façon ?

Long est l’un des artistes les plus représentatifs du Land Art. Il n’intervient jamais fortement sur les paysages où il travaille, mais cherche plutôt à modifier temporairement la nature en laissant un témoignage éphémère de sa présence. Quelle est votre opinion sur cette façon de travailler ? Pourquoi à votre avis certains artistes choisissent-ils le paysage comme outil artistique pour créer leurs œuvres ? Quels peuvent être les avantages et les inconvénients de ce médium artistique ?

 

Activités

La sculpture à l’extérieur à base de matières naturelles

La plupart des œuvres de Richard Long ont été créés après ses longues marches. Ses expériences personnelles avec la nature ont inspiré ses sculptures et ses dessins réalisés à partir d’argile, de roches, d’ardoise, de plumes, d’aiguilles de pin, de bâtons et autres matériaux rustiques. Demandez à un adulte de vous accompagner dans une marche jusqu’à trouver un endroit qui vous plaise particulièrement, si possible dans un espace naturel (bois, parc, sentier, etc.). Une fois là, ramassez des matériaux naturels pour confectionner une petite sculpture. Comme de nombreuses pièces de Long, vous pouvez laisser l’œuvre se fondre dans la nature. Photographiez-la et partagez l’expérience en classe.

Cherchez un lieu alternatif pour installer l’œuvre

Beaucoup d’œuvres de Richard Long ont été créées pour être installées à l’extérieur. Imaginez que Cercle de Bilbao est transporté dans le village ou la ville où vous vivez. Quel serait le meilleur espace à vos yeux pour l’installer ? Pourquoi ? Comparez l’endroit que vous avez choisi avec celui qu’ont proposé vos camarades.

Ensuite, photographiez plusieurs espaces publics où il vous semblerait bien de l’installer. Chargez les photos sur un ordinateur et importez-les à un logiciel d’édition, comme Microsoft Paint ou Adobe Photoshop. Vous pouvez utiliser ce logiciel pour découper l’image de l’œuvre et tester différents espaces jusqu’à trouver le mieux indiqué. Utilisez par exemple ce lien pour télécharger l’image de Long.

Réfléchissez en clase : de quelle façon l’œuvre a-t-elle pu changer en modifiant son contexte ? Qu’est-ce qui a attiré votre attention dans les œuvres de vos camarades ?

Réalisez une œuvre de Richard Long avec vos camarades

Regardez la vidéo réalisée à l’occasion du XXe Anniversaire du Musée Guggenheim Bilbao. Par groupes de 5 ou 6, cherchez sur internet différentes œuvres que Richard Long a crées tout le long de sa carrière. Choisissez celle qui vous plaît le plus et réalisez-la avec votre corps. Si nécessaire, vous pouvez vous habiller d’une façon spéciale si l’œuvre le demande. Après l’avoir réalisée avec votre corps, réfléchissez sur la façon dont vous percevez l’œuvre maintenant. Avez-vous changé votre façon de la voir à partir de votre expérimentation ? Demandez à quelqu’un de vous photographier et exposez la photo à côté de l’œuvre de l’artiste en classe.

VOCABULAIRE

Land Art : Pratique artistique qui consiste en l’intervention d’un artiste dans un environnement naturel spécifique, où il crée un travail qui s’y intègre en explorant sa relation avec la topographie.

Art éphémère : Création d’œuvres d’art qui n’existent que pendant une courte période de temps, puis disparaissent ou sont détruites.

LIENS

https://www.guggenheim-bilbao.eus/obras/circulo-de-bilbao-bilbao-circle/
http://blog.caroinc.net/entrevista-a-richard-long/
http://especial.elcorreo.com/2017/20-aniversario-guggenheim-bilbao/artciones-20long.html
http://www.richardlong.org/
https://elpais.com/elpais/2016/03/18/icon/1458294092_537417.html
https://www.guggenheim.org/artwork/artist/richard-long
https://www.guggenheim-bilbao.eus/artistas/richard-long/bio/
https://www.guggenheim-bilbao.eus/obras/circulo-de-bilbao-bilbao-circle/

NOTES

[1] http://blog.caroinc.net/entevista-a-richard-long/
[2] http://blog.caroinc.net/entrevista-a-richard-long/
[3] https://www.guggenheim-bilbao.eus/obras/circulo-de-bilbao-bilbao-circle/
[4] https://www.guggenheim-bilbao.eus/obras/circulo-de-bilbao-bilbao-circle/