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Fiona Tan

Désorient

22 décembre 2016 – 19 mars 2017

Fiona Tan est née en 1966 dans la ville de Pekanbaru, au centre de l’île de Sumatra (Indonésie), d'un père chinois et d'une mère australienne. Résidant aux Pays-Bas depuis 1988, Tan se considère comme une « étrangère professionnelle », migrante de naissance, un aspect qui imprègne bon nombre de ses œuvres. Ses travaux, d’une profondeur saisissante, combinent le cinéma, la vidéo et la photographie pour analyser la formation des identités dans la culture postcoloniale et globalisée, en se centrant sur les mythes et les légendes rattachés à l'Orient colonial.

Tan a produit l’installation vidéo à deux canaux Désorient (Disorient) en 2009 pour le pavillon des Pays-Bas de la 53e Biennale de Venise, une ville où se déroulent aussi en partie l’action et le tournage de l’œuvre. L’œuvre évoque l’histoire de Venise comme axe stratégique du commerce entre les XIIIe et XVIe siècles avec les récentes découvertes des territoires asiatiques. Le film de Tan suggère le rêve d’un « Grand Orient », au sens où le narre Marco Polo dans son célèbre Livre des merveilles (ca. 1298). Cette collection d’histoires — traduite et largement commentée durant sept siècles — a inspiré en Europe l'image d'un « Orient merveilleux » malgré l'authenticité douteuse des récits, un paradoxe que Tan met en lumière dans son œuvre.

Dans Désorient, la narration de Marco Polo — lue, presque susurrée par une voix masculine qui nous parle de terres et de peuples dispersés — émane d'un haut-parleur situé entre deux écrans qui se font face. Le plus grand nous fait parcourir lentement une collection anachronique de souvenirs et de trophées. Animaux exotiques disséqués, statuettes en or, tissus somptueux, fine porcelaine, épices, amulettes, lampes et autres reliques côtoient des ornements modernes, des monnaies de divers pays, des téléviseurs et même une maquette du pavillon des Pays-Bas à la Biennale de Venise. Tous ces objets sont conservés dans un entrepôt solitaire, un cabinet de curiosités orientales gardé par un personnage mystérieux et taciturne (occidental), affublé d’une tunique dorée. Sur l’écran qui lui fait face, un montage d’images, contemporaines bien que non datées, décrit les conditions de vie et de travail actuelles dans les endroits soi-disant visités par le célèbre explorateur vénitien. Ces extraits, filmés en Afghanistan, en Iraq et en Chine, montrent des travailleurs dans leurs usines et la production en masse, des scènes d'émeutes, la pauvreté, l'exploitation et la survie dans des endroits pollués et en ruines. L’ensemble de ces images documentent indirectement la création, la collecte, l’envoi et l’installation des biens luxueux qu’on voit sur le premier écran. Comme le suggère le titre de l’œuvre, la juxtaposition de ces deux narrations, apparemment irréconciliables bien que profondément connectées, provoque une sensation de désorientation. En transformant l’entrepôt en scène et archives de la mémoire culturelle et du mythe moderne, Tan effectue une reconstruction — qui est à la fois récupération et souvenir imaginaire — de l’Asie légendaire de Marco Polo.

 

 

 

 

 

 

Fiona Tan
Désorient (Disorient), 2009
Installation de vidéo numérique à deux canaux. 17 min et 19 min
Solomon R. Guggenheim Museum, New York.
Achetée avec les fonds apportés par le Comité International du Directeur, 2014 1014.12
© Fiona Tan, VEGAP, Bilbao, 2016

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