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Javier Téllez

Théâtre d’ombres

12 juillet 2018 – 18 novembre 2018

Associant toujours dans sa production les groupes et les communautés marginalisées, l’oeuvre de Javier Téllez (Valencia, Venezuela, 1969) se pose comme le véhicule de réalités qui contestent les canons de notre rationalité, tout en réfléchissant sur l’histoire de l’image comme langage et comme espace social, comme ensemble de règles et de protocoles qui parfois excluent ou oppriment.

Cette exposition articule dans un même espace deux pièces créées en 2014 pour la Kunsthaus de Zurich. Dans Panorama Bourbaki, un groupe de réfugiés circulent en cercle au sein de l’une des toiles panoramiques les plus importantes de l’histoire européenne. Ce grand monument culturel raconte l’exode alpin de 87.000 soldats français en quête d’asile après leur défaite contre les troupes prussiennes, inaugurant la vocation de la Suisse comme pays d’accueil. En marchant dans ce panorama mural, les protagonistes de l’oeuvre de Téllez évoquent la migration perpétuelle de l’exilé. En même temps, un objet avance avec eux : le bronze original de La main (1947) d’Alberto Giacometti, avec laquelle ce dernier a voulu traduire la terrible vision d’un bras amputé par une explosion. La présence de cette pièce, que les migrants traînent dans leur voyage, ouvre une multiplicité de lectures sur la condition du migrant, mais aussi sur le rôle de l’oeuvre d’art dans notre culture.

Dans Théâtre d’ombres, qui donne son titre à l’exposition, les ombres projetées des acteurs racontent quelques scènes de leur éprouvant itinéraire vital. Comme les panoramas du
xixe siècle, le théâtre d’ombres est l’un des ancêtres du cinéma, bien qu’il remonte à des milliers d’années dans l’histoire humaine. Au fil de ces récits de mains et de corps migrants,
le spectateur peut lire les archétypes immémoriaux de l’exil : destruction, oppression, censure, misère et mort. Une fois de plus, dans ce contexte, La main de Giacometti refait son apparition. La sculpture, convertie en acteur d’un bref drame muet, apparaît dans plusieurs scènes avec son contour monstrueux et sape en se déplaçant l’immobilité traditionnelle de l’oeuvre d’art. Menaçante et fragile, La main sert d’agent narratif tout en altérant, avec son profil impossible
à confondre, l’abstraction et l’universalité du théâtre d’ombres traditionnel.

Commissaire: Manuel Cirauqui

Javier Téllez
Théâtre d’ombres (Shadow Play), 2014
Installation audiovisuelle, projection du film 35 mm
10 min 56 sec
Photogramme
Courtoisie de l'artiste et de la galerie Peter Kilchmann, Zurich
© Javier Téllez

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