MANIPULER LA PSYCHÉ

SALLE 307

En 1955, à un âge déjà mûr, Michaux participa pour la première fois à une expérience avec de la mescaline, un alcaloïde extrait du cactus mexicain du nom de peyotl. Pour la mener à bien Michaux s’entoura de docteurs et de scientifiques proches de l’univers littéraire, parmi lesquels le neurologue originaire de Bilbao Julián de Ajuriaguerra. Ébloui par les mutations psychiques et sensorielles que génèrent ces substances psychoactives et d’autres, comme la psilocybine et le LSD 25, et bien décidé à explorer en détail leurs effets, Michaux mena à bien plusieurs séances jusqu’au début des années soixante, qu’il reflèterait par la suite dans de célèbres œuvres littéraires comme Misérable miracle et L’infini turbulent. Il produisit dans le même temps un grand nombre de dessins minutieux en suivant une matrice graphique déjà pressentie quelques années auparavant : un schéma de sillons et d’arborescences, souvent ascendant, plein de symétries et de micrographies. Ces œuvres graphiques et littéraires hissèrent Michaux au rang de figure tutélaire de la naissante culture psychédélique et de la mystique underground, bien qu’il ait à cœur de se décrire comme un sobre « buveur d’eau » nullement intéressé par les paradis artificiels. Dans les années qui suivirent son abandon de l’expérimentation chimique, Michaux continua à développer un style « mescalinien » et à travailler ses autres séries et grandes obsessions artistiques. Il y trouva toujours un terrain fertile pour la cartographie de l’imagination.