Guggenheim

Le programme Film & Video du Musée Guggenheim Bilbao a pour objet de présenter les pratiques artistiques fondées sur l’image en mouvement et explore les rapports critiques entre les arts visuels, les installations filmiques et la culture contemporaine en général.

Dans sa pratique, Jesse Jones (Dublin, 1978) rassemble une scénographie du matériau filmique avec la sculpture et la performance. Elle analyse les manifestations de la mémoire collective et comment on peut se servir des gestes, des objets et des langages pour construire un territoire d’expérimentation artistique. Tremblez tremblez était d’abord une production créée en 2017 pour le pavillon irlandais de la 57ème Biennale de Venise, qui a ensuite été spécifiquement adaptée à différentes institutions et galeries d’Europe et d’Asie. Techniquement et conceptuellement ambitieuse, cette installation s’empare de la figure historique de la sorcière comme symbole fort de l’Occident moderne et comme porteuse de potentialités, poétiques et politiques.

Bien que réalisée en Irlande à une période de débats houleux sur l’avortement et renvoyant aussi aux protestations féministes dans l’Italie des années soixante-dix —lorsque des milliers de femmes défilaient en criant en choeur “Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour”—, l’oeuvre fonctionne comme portrait d’un archétype atemporel au-delà de toute identification nationale ou ethnique. De fait, la puissante sorcière de Tremblez tremblez peut être identifiée comme une incarnation de la pensée magique, d’une transformation radicale du réel et le déclenchement du chaos cosmique. Olwen Fouéré, actrice irlandaise réputée, donne vie avec une grande intensité à ce personnage charismatique, tandis qu’en-deçà de lécran, dans l’espace expositif, se déroule simultanément une activité rituelle : par intervalles de quelques minutes, une officiante inscrit bruyamment un cercle sur un mur noir, alors qu’un rideau glisse divisant l’espace, tout en entraînant une main gigantesque et fantasmagorique. La verticalité des écrans, suspendus en l’air, panoramiques et face à face, fait aussi penser à la transmutation de valeurs qu’opère la sorcière.

À l’entrée de la salle, une série d’objets exposés dans des vitrines renvoient certes au projet, mais s’inscrivent aussi dans le contexte de la recherche soutenue de Jones sur les pratiques rituelles et les mythologies associés à la sorcellerie. En effet, l’histoire du Pays Basque, où l’Inquisition a procédé à de brutales chasses aux sorcières et à d’autres purges d’hérétiques au xvie et au xviie siècle, constitue un arrière-plan privilégié pour la résonnance de l’oeuvre à Bilbao. Ainsi, ce choix d’objets domestiques en provenance du Gipuzkoa et de la Navarre, destinés à des pratiques rituelles et liés à des croyances ésotériques, est mis en dialogue avec les autres pièces utilisées par l’artiste dans ses recherches ainsi que dans sa pratique d’atelier.

Jesse Jones, Tremblez, tremblez (Tremble Tremble, 2017), image de production. Courtoisie de l’artiste. Photo : Ros Kavanagh

Tremblez tremblez est une œuvre commandée à l’origine par Tessa Giblin et Culture Ireland en collaboration avec l’Arts Council of Ireland pour le pavillon irlandais de la 57ème Biennale de Venise. Design sonore et composition musicale de Susan Stenger. Productrice exécutive et responsable du programme audiovisuel : Aaron Kelly

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Audio-guide
Jesse Jones: Tremblez Tremblez