Guggenheim
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Introduction

Mais la peinture ultime [...] veut nous offrir l'image de quelque chose absolument terminé et complet, minutieusement formé, en opposition à la vie éternellement fragmentaire, faite de guenilles, comme archétype d'une structuration intégrale, même dans le plus petit. Il arrivera un jour où l'homme pourra également jouir de la perfection de ce concept1.

Au fur et à mesure que l'idéal de peintures et de figures bien formées se consolide, les artistes cherchent à représenter le corps complet et intact. Cette transformation du langage pictural, en consonance avec le nouvel ordre mondial qui s'installe, est perceptible dans les œuvres de Fernand Léger (1881—1955). «Son emploi de formes rationalisées dérivées d'images mécanisées remonte à la Première Guerre Mondiale, qu'il a vécue en servant dans l'armée française. Sa prédilection pour tout l'attirail militaire et les surfaces polies et luisantes qu'il offre coïncide avec son sentiment de solidarité avec les soldats d'infanterie qui l'entourent dans les tranchées. L'esthétique de la machine qu'il adopte alors reflète son espoir de créer une forme artistique authentiquement populaire et apte à décrire et inspirer la vie moderne. Après la guerre, il s'éloigne de l'expérimentation avec l'abstraction pure qui a caractérisé ses premiers travaux et s'efforce de donner une signification sociale à son art» . Pour Léger, «représenter le monde mécanisé est devenu une nécessité», et ses toiles postérieures à la guerre combinent librement les éléments mécaniques et humains .

Poussé par le désir de retour à l'ordre qui se fait sentir au sein de la société française, Léger introduit dans ses œuvres des figures monumentales et classiques. Il recrée ainsi un modèle de femme classique mais sans allusion à l'Antiquité. Les formes géométriques et épurées de l'industrie et de la production en série, qui indiquent le renouvellement d'un environnement social et esthétique, sont au cœur du style si caractéristique de Léger. Les engins mécaniques reproduits avec précision et exactitude sont le thème de nombreuses toiles.

«Les femmes occupent une place traditionnelle dans le nouvel ordre idéal de Léger. En opposition au monde de la ville, de l'industrie et du travail, les femmes de Léger représentent l'univers domestique, fait de calme et de loisir. Mais il ne traite pas ces représentations féminines autrement que ses plus austères formes mécaniques: les bords sont tranchants, les couleurs franches et le modelé suit une formule fortement stylisée» . Les femmes modernes de Léger sont aussi droites que des colonnes, avec leurs cheveux d'un brillant métallique qui retombent d'un côté du visage. La toile intitulée Deux femmes, 1922, combine ce type de femme robot avec les détails nettement dessinés d'un intérieur domestique idéalisé.

Citations
1 Franz Roh. Realismo Mágico: Post Expresionismo (1925), p. 74. Cité dans Kenneth E. Silver. Un yo más perdurable. In : Silver, Caos y clasicismo: arte en Francia, Italia, Alemania y España, 1918—1936, cat. expo. Bilbao : Musée Guggenheim Bilbao ; New York : Solomon R. Guggenheim Foundation, 2010, p. 27.

2 Collection en ligne : Fernand Léger. Femme tenant un vase (état définitif), 1927. Solomon R. Guggenheim Museum, http://www.guggenheim.org/woman-holding-a-vase (dernier accès : 12 janvier 2011).

3 Arthur Manwick. Painting and Music during and after the Great War: The Art of Total War. In : Roger Chickering et Stig Förster. Éds. Great War, Total War: Combat and Mobilization on the Western Front, 1914—1918. Washington, D.C. : German Historical Initiative; Cambridge : Cambridge University Press, 2000, p. 509.

4 Fernand Léger. Two Women. National Gallery of Art. http://www.nga.gov/fcgi-bin/tinfo_f?object=72169 (dernier accès : 12 janvier 2011).

Questions

Montrez à vos élèves Deux femmes, 1922

  • Décrivez cette œuvre avec attention. Quelles couleurs et quelles formes vos élèves distinguent-ils ? Quels adjectifs peuvent-ils employer pour parler de cette œuvre ?
  • Comme groupe, combien d’objets les élèves peuvent-ils nommer? Y en-a-t-il un qui soit ambigu ? Lequel?
  • Interrogez-les sur la relation entre les deux figures de l’œuvre. Quels éléments visuels Léger a-t-il apportés pour nous aider à comprendre cette relation ?
  • Léger a développé un style pictural caractéristique qui combina formes organiques et mécaniques. Demandez à votre classe de décrire par écrit le style de Léger.
Activités
  • Demandez aux élèves de se renseigner sur l’œuvre de Léger dans des livres ou sur Internet, puis de comparer les œuvres réalisées avant 1914, année de commencement de la Première Guerre Mondiale, à celles créées après la guerre. Ils peuvent en trouver un grand choix sur le site http://www.musee-fernandleger.fr. Demandez à vos élèves de décrire les différences. Y a-t-il une ressemblance ? Y a-t-il des motifs pour penser que toutes ont été réalisées par le même artiste ? Demandez-leur de raisonner leur réponse.
  • A la fin de sa vie, Léger rappelait sa propre expérience : «C’est à la guerre que j’ai mis les pieds sur terre […]. J’étais à la même hauteur que le reste des Français; j’ai été affecté au corps du génie et mes nouveaux camarades étaient des mineurs, des creuseurs de tranchées, des artisans qui travaillaient le bois ou le fer […]. J’ai aussi été ébloui par la culasse ouverte d’une arme de 75 millimètres à la lumière du soleil, par la magie de la lumière sur le métal blanc […]. Cette culasse ouverte d’un 75 millimètres a plus été utile à mon développement artistique que tous les musées du monde»1 .

    Léger a déclaré que le contact avec les autres soldats l’avait éloigné du style qu’il pratiquait avant-guerre pour le pousser vers la peinture de figures monumentales qui a caractérisé son œuvre ultérieure. Il reconnaissait la valeur du temps passé à l’armée car il l’a aidé à remettre en question ses idées sur la vie et l’art. Demandez à vos élèves de parler avec quelqu’un qui a souffert une guerre pour voir combien cette expérience a changé sa façon de voir les choses.

    Citation
    1 Fernand Léger, 1881-1955, cat. expo. Bruxelles: Palais des Beaux-Arts, 1956. Cité dans Theda Shapiro. Painters and Politics: The European Avant-Garde and Society, 1900-1925. New York: Elsevier, 1976, p. 141.