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Introduction

Les Hollandais sont des hommes-fourmis, qui se répandent sur toutes les contrées de la terre, ramassent tout ce qu'ils trouvent de rare, d'utile, de précieux, et le portent dans leurs magasins. [...] C'est là qu'on voit à chaque pas l'art aux prises avec la nature, et l'art toujours victorieux 20.

Le terme « nature morte » a été utilisé pour la première fois aux Pays Bas au XVIIe siècle21 . Les Hollandais affichaient un intérêt précoce pour les objets et leur potentiel symbolique, particulièrement moral ou spirituel. La tradition de la nature morte commença avec les scènes religieuses : s'y trouvaient inclus des objets symboliques, qui finirent par dominer la scène. Dans les provinces du nord, l'aspect narratif fut complètement abandonné dans ces peintures22 .

La nature morte connut une évolution significative. Au début du siècle, les toiles se centraient habituellement sur de rigoureux détails de la nature et parfois il s'agissait de commandes de collectionneurs d'histoire naturelle, de floriculteurs ou autres qui ressentaient un intérêt scientifique pour les spécimens hollandais ou étrangers. Les thèmes les plus populaires reflétaient souvent la prospère identité hollandaise : le poisson et les fruits de mer, par exemple, étaient très fréquents étant données la dépendance et la proximité de l'eau. Les fleurs -très prisées en général- furent également à la mode et les peintures qui les représentaient atteignaient des prix très élevés23 .

Au cours de la décennie de 1640, le penchant croissant pour les objets luxueux se manifesta et les compositions se peuplèrent de fruits et d'objets décoratifs coûteux, comme les biens exotiques rapportés de terres lointaines. Malgré ces changements, les artistes n'éliminèrent pas les éléments qui rappelaient aux observateurs leur foi protestante. Peu importait le niveau de richesse qu'ils atteignaient grâce au commerce, ils voulaient conserver l'équilibre entre le terrestre et le spirituel24 . Les natures mortes qui symbolisaient la fugacité de la vie sont appelées vanités. L'apparition de ce type de peinture coïncide avec la fin de la trêve entre les Provinces-Unies et l'Espagne, ainsi qu'avec les ravages de la peste25 . La peur de revivre la guerre et la maladie ont probablement inspiré les symboles des vanités : l'horloge, la tête de mort, la lampe fumante, le verre renversé et les lambeaux de peaux de citron, par exemple.

Les natures mortes de petit déjeuner constituent un type de natures mortes où les objets sont représentés comme des aliments, au lieu d'ornements ou de spécimens naturels. Ces peintures comprennent souvent des ustensiles ou des aliments à moitié mangés et semblent représenter des déjeuners informels26 . Jacob van Es (1596-1666) était connu pour peindre ce type de toiles. Sa Nature morte avec des poissons sur un plan de travail (ca. 1635-40) montre des poissons et quelques fruits de mer, aux différentes formes, sur une table. La composition, de plus de deux mètres de long, ne souligne pas tous les objets de la même façon, mais les distribue le long de diagonales où ils se superposent, forment des bouquets, sont coupés en deux ou pendent de la table pour accentuer l'illusion de profondeur. Obligé d'observer attentivement les yeux du poisson récemment mort, le public se rappelle ainsi la fugacité de la vie.

Citations
20 Denis Diderot rendant compte de son voyage en Hollande en 1772. Voyage de Hollande. In : Supplément aux Œuvres de Diderot. Paris : Belin, 1819.
21 Kahr. Op. cit., p. 189.
22 Ibid., p. 190.
23 Ibid., p. 191.
24 Ibid., p. 198.
25 Ibid., p. 196.
26 Ibid., p. 194.

Questions
  • Expliquez à vos élèves qu’une forme spéciale de peinture appelée nature morte s’est développée aux Pays Bas au XVIIe siècle. La nature morte est une toile qui représente des objets inanimés, comme des fruits et des fleurs, ou des récipients exotiques. En groupe, demandez-leur d’explorer les motifs pour lesquels l’on pourrait vouloir peindre ce type d’objets. Demandez-leur quels objets ils aimeraient peindre ou posséder sur une peinture leur appartenant.
  • Faites-leur observer Nature morte avec des poissons sur un plan de travail (ca. 1635-40). Ils doivent tenter de cataloguer les objets comme s’ils étaient des vendeurs faisant l’inventaire. Combien y en a-t-il ? De quelle taille ? De quel type ? Maintenant demandez-leur quels sont les objets qui se distinguent. Comment l’artiste s’y est-il pris pour qu’ils semblent plus importants ? Par la lumière, la situation, la position ? Demandez-leur quels sont les plus émouvants. Quels sentiments éveillent-ils ?
  • Certains peintres de natures mortes Hollandais se sont spécialisés dans un type de toiles appelées « nature morte de petit déjeuner », dont le centre se composait d’objets consommés lors d’un repas informel. Van Es était l’un d’entre eux ; souvent, se trouvaient représentés du fromage, des fruits et un ustensile exotique. Ces poissons seront sous peu les éléments d’un déjeuner, mais il est presque sûr qu’ils ont été peints pour leur symbolisme. Demandez à vos élèves ce qu’à leur avis signifient ces poissons en termes de religion, de géographie, d’économie, de spiritualité et de société. Ils peuvent effectuer des recherches sur la géographie, l’économie et la religion de la République Néerlandaise pour répondre à cette question.
  • Dites-leur que les artistes incluaient des objets qui symbolisaient l’éphémère de la vie terrestre, un concept religieux important. Comment Van Es s’y est-il pris pour atteindre ce résultat ?
Activités

Ta propre nature morte de petit déjeuner

  • Demandez à vos élèves quelles informations apporte le petit déjeuner sur leur famille, leur pays et leur époque. Les peintures hollandaises de repas informels exprimaient des aspects de la géographie, des routes commerciales, du statut social et de la religion. Demandez-leur d’observer d’autres natures mortes de petit déjeuner et de réfléchir à la façon dont la disposition et le symbolisme ont aidé les artistes à exprimer des significations occultes. On trouve de bons exemples de ceci sur le site web du Musée du Louvre. Ils peuvent aussi regarder des natures mortes contemporaines, comme Nature morte nº30 (Still Life #30, 1963) de Tom Wesselmann sur Moma.
  • Dans ce projet, les élèves doivent d’abord penser à ce qu’ils veulent exprimer sur eux-mêmes, leur famille, leur pays ou leur époque, et comment la nourriture peut exprimer ces idées. Ensuite, ils doivent sélectionner des objets qui remplissent cet objectif. Ils doivent tenir compte d’éléments comme la vaisselle, les marques et la quantité des objets. Ils devront aussi tenir compte de la consommation. Quels objets veulent-ils faire ressortir ? Ces objets doivent apparaître au premier plan, entièrement éclairés. S’ils veulent exprimer leur fierté quant à la nourriture nationale, ils peuvent par exemple représenter des spécialités locales au premier plan, bien éclairées, et des marques étrangères comme Coca-Cola au fond et en sombre.
  • Les élèves peuvent développer ce projet à travers une peinture. Ils devront pour cela distribuer les objets et expérimenter avec les différentes sources de lumière pour créer des contrastes. S’ils disposent de la technologie adaptée, ils peuvent créer un collage avec Photoshop ou autre programme similaire et y introduire des images scannées ou trouvées sur Internet.

Symbolisme des objets

  • Une catégorie importante dans la nature morte est celle des vanités, où les artistes représentaient la fugacité de la vie. Une horloge, une tête de mort, un pétale chu et même un verre renversé pouvaient être interprétés comme incarnant la nature éphémère du monde matériel. Les peintres Hollandais employèrent des objets de leur époque ; encouragez vos élèves à créer des vanités actuelles, que ce soient des peintures, des dessins, des photographies ou même des sculptures.