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The-Otolith-Group

Depuis 2002, The Otolith Group, formé par Anjalika Sagar (Londres, 1968) et Kodwo Eshun (Londres, 1966), a créé des films, des oeuvres sonores, des installations, des expositions et des textes fondés sur des recherches approfondies, la pensée décoloniale et l’amitié transculturelle. En empruntant son nom aux otolithes, des petites concrétions calcaires qui se logent dans l’oreille interne des animaux vertébrés — une structure sensorielle qui aide l’organisme à s’orienter, sert au sens de l’équilibre et permet de reconnaître l’accélération et la position —, ce groupe indique par une allégorie son intention d’agir de manière simultanée dans de multiples dimensions.

Au centre de cette exposition se trouve l’installation cinématographique Horizon O, une oeuvre centrée sur l’école Visva Bharati de Santiniketan (Bengale-Occidental, Inde), institution qui fut créée en 1921 par l’écrivain et Prix Nobel de Littérature Rabindranath Tagore. Tout en guidant l’Inde vers son indépendance et sa transformation culturelle, Tagore anticipa également certaines des questions clés de notre présent globalisé, telles que l’émergence climatique, la menace des extrémismes nationalistes et religieux et l’importance de la transmission intergénérationnelle. The Otolith Group gauge ainsi la persistance de la démarche de Tagore dans le monde contemporain. Le film commence par un poème dans lequel l’écrivain interpelle ses futurs lecteurs (« Dans les cent prochaines années ») au sujet de l’arrivée du printemps et de la nature florissante autour de lui. Parmi les motifs qui animent O Horizon est celui de mettre en scène une rencontre, où le spectateur devra donner suite à la question posée par le poète sur ce que l’avenir peut répondre au passé.

Le film, dans une séquence exubérante de registres, nous transporte à travers le campus et les danses, essais et rituels qui s’y pratiquent, à travers les classes des cours qui se tiennent dans l’école et en extérieur. Tandis que les microphones enregistrent des chansons mystiques de poésie épique Kabir, ainsi que des conversations et des jeux, la caméra saisit des regards animaux et des profondeurs végétales qui sont observées en silence. La vision écologique de Tagore est toujours présente comme élément clé de la fondation de Visva Bharati, un lieu de confluence des arts et de l’artisanat intimement connecté à la pédagogie de la Terre. Les efforts du poète, aussi bien dans le domaine culturel qu’agricole, pour revigorer le sol en apportant du substrat fertile des régions proches, ont progressivement fait de Santiniketan le terrain fécond et vibrant que nous connaissons aujourd’hui. Un stade vital de cette transformation se produit dans la strate supérieure du sol, là où la décomposition des feuilles, de l’herbe, des fruits et des déchets d’animaux forme une couche que les agronomes appellent « Horizon O » et dont ce projet cinématographique emprunte son titre. The Otolith Group considère que le fondement poétique et politique de cet espace si fragile et dynamique est un élément essentiel dans l’éthique de Tagore, lequel agit toujours en nourrissant une pensée contemporaine qui est à la fois écologique et cosmopolitique.

Cette pensée se prolonge à travers une série de photomontages intitulée Études à Santiniketan dont une sélection est présentée à l’entrée de l’exposition. Cette oeuvre de The Otolith Group peut être interprétée comme un cahier de notes qui accompagne la production d’Horizon O, mais aussi comme une extension de l’élan archéologique et spéculatif du film. Chaque image fait référence à des figures clés, comme Mahatma Ghandi ou l’artiste et éducateur K. G. Subramanyan, en même temps que coexistent, de manière anachronique, différentes couches de souvenirs générationnels. Par ailleurs, les arbres sont un élément récurrent dans la série, représentés au centre de cercles à l’extérieur tels les « écoles sous les arbres » qui caractérisent le système éducatif de Tagore. Les arbres, emblèmes de la longévité de la nature, sont également une manifestation de l’agronomie régénérative et du projet de « terraformation » mis en œuvre à Santiniketan depuis sa création.

Aussi dans cet espace se présente une sélection d’œuvres sur papier de l’artiste Vydia Sagar (1938–2016), père d’Anjalika Sagar et collaborateur de longue date de The Otolith Group, à qui le film Horizon O est dédié. Sagar fait partie d’une génération qui a reçu l’influence de l’école de Tagore et de l’esprit de Santiniketan au milieu des transformations culturelles radicales des années 1960 en Inde. Sagar s’inscrit dans les exemples les plus notoires de la culture transversale de Visva Bharati selon laquelle tous les langages artistiques communiquent entre eux. Les abstractions tantriques de Sagar utilisent des contours raffinés et des tons pastel délicats pour créer des moments de musicalité visuelle qui reprennent les modèles des iconographies indiennes et en accord avec la poétique évocatrice d’Horizon O.

Curator : Manuel Cirauqui

The Otolith Group. Horizon O (O Horizon), 2018.
Image de production audiovisuelle Courtoisie des artistes
© The Otolith Group

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