Guggenheim
Introduction

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Henri de Toulouse-Lautrec
Au Moulin Rouge, La Goulue et sa sœur, 1892
Lithographie
46,1 x 34,8 cm

« Un qui a un nom de dieu de culot, mille polochons, c'est Lautrec : ni son dessin ni sa couleur ne font des simagrées. Du blanc, du noir, du rouge en grandes plaques, et des formes simplifiées, — voilà son fourbi. Il n’y en a pas deux comme lui pour piger la trombine des capitalos gagas attablés avec des fillasses à la coule qui leur lèchent le museau pour les faire carmer... C'est épatant de volonté, de toupet et de rosserie [1] . »

Henri de Toulouse-Lautrec (France, 1864-1901) est atteint d’une maladie génétique qui, à l’adolescence, provoque chez lui des fractures aux jambes. Ces fractures, qui exigent des soins pénibles et de longues périodes de repos couché ne guérissent pas comme il faut. Pendant sa convalescence, dans l’impossibilité de participer à des activités d’ordre physique, Toulouse-Lautrec se plonge dans la peinture et le dessin. Pendant sa jeunesse, son sujet de prédilection est le cheval ; il accompagne souvent son père aux courses et en gardera la passion toute sa vie [2] . Ses jambes cesseront de grandir, si bien qu’à l’âge adulte, le haut de son corps a des proportions normales mais ses jambes sont restées trop courtes, et il a des difficultés à marcher.

En 1884, il s’installe à Paris, dans le quartier bohème de Montmartre. Là, il découvre la nuit parisienne, vibrante et décadente, et se lie aux riches habitués des lieux, mais aussi au peuple et aux peintres [3]. L’époque est à l’agitation et aux émeutes et la scène artistique de la ville est marquée par les transformations sociales, politiques, industrielles et scientifiques. Les artistes de ce temps — dont ils sont à la fois les indicateurs et l’élément moteur — contribuent à faire naître plusieurs mouvements novateurs. Toulouse-Lautrec brosse la société de son temps dans un style qui oscille entre le réalisme mordant et la satire. Sa plus grande réussite, ce sont peut-être ses portraits des représentants les plus connus de la vie nocturne du Paris de la fin du siècle [4].

En 1885, il peint des scènes de la célèbre vie nocturne de son quartier. On y voit le public qui fréquente les théâtres, les cafés-concerts et les maisons closes. Étant un habitué des cabarets du quartier, il n’a pas de mal à immortaliser les scènes peu orthodoxes, hautes en couleurs, de ce milieu, où l’on ne voit pas uniquement les membres des classes aisées venus assister aux spectacles, mais aussi les divertissements frénétiques auxquels ils se livrent et la vie tragique des artistes, issus des classes pauvres.

Lorsque le Moulin Rouge, un célèbre cabaret de Montmartre, ouvre en 1889, Lautrec est chargé de créer plusieurs affiches publicitaires pour lui. Il assiste aux spectacles tous les soirs et croque les danseuses et les clients depuis sa table, d’un coin de la salle [5]. Ses affiches montrent les artistes de music-hall de Montmartre comme des vedettes et elles vont hisser le support populaire de la lithographie publicitaire au rang de véritable art. Ses estampes de la faune du Moulin Rouge révèlent l’esprit, la tristesse et la grâce des gens qui peuplent le cabaret [6].

C’est aussi au Moulin Rouge qu’il rencontre l’une de ses vedettes de café-concert préférée, Louise Weber, surnommée La Goulue pour son insatiable appétit de nourriture et de vie. La Goulue était une femme ambitieuse, connue pour son talent de danseuse de french cancan [7]. Le french cancan était une danse très vigoureuse, exigeant une formidable forme physique. Avec ses danseuses qui montraient leurs extravagants sous-vêtements, qui contrastaient avec les bas noirs typiques de l’époque, il était jugé parfaitement indécent par la société respectable. Malgré cette réputation sulfureuse, le french cancan aura une influence majeure sur la frivolité et le dynamisme des salles de bal.

La lithographie d’Au Moulin Rouge, La Goulue et sa sœur (1892) montre La Goulue dans le cabaret, accompagnée de sa sœur. Elle observe la scène et les hommes qui se trouvent là. Elle porte une robe décolletée, arbore une coiffure flamboyante et un ruban noir est noué autour de son cou. En raison de son apparence excentrique, Lautrec a souvent représenté La Goulue de dos — sa silhouette suffisait (et suffit toujours) à la reconnaître [8]. Comme avec La Goulue, Lautrec a su saisir les traits principaux de ses sujets et il est parvenu, par ses interprétations à la fois très stylisées et réductrices, à appréhender leur essence [9].

Questions

Observez la lithographie. Que remarquez-vous ? Décrivez-la avec le plus de détails possible. D’après vous, où se trouvent ces gens ? Qu’avez-vous remarqué plus tard, que vous n’aviez pas vu au premier coup d’œil ? Comment qualifieriez-vous l’esprit de cette affiche ?

Paris était alors une ville de divertissements et de vie nocturne, mais c’était aussi la toile de fond de nombreux conflits sociaux. Aristocrates, danseuses et prolétaires se retrouvaient tous dans les rues de Montmartre et dans les cafés-concerts. Selon vous, comment devait être la vie dans cette ville à l’époque ? Croyez-vous que vous auriez aimé y habiter ? Pourquoi, à votre avis, l’art était-il si vivant à ce moment-là ?

On voit plusieurs personnages dans cette œuvre. Commencez par vous intéresser aux deux femmes du premier plan. Qui peuvent-elles bien être ? Que peut-on apprendre de leur pose, de leur expression et de la façon dont elles sont habillées ? Que font-elles, à votre avis ? Intéressez-vous maintenant aux autres personnages. Que peuvent-ils être en train de faire ?

La Goulue était une célèbre danseuse de french cancan, qui jouait au cabaret parisien du Moulin Rouge. Aviez-vous déjà entendu parler du french cancan ? Visionnez ce court extrait du film Moulin Rouge, de 1952 : https://www.youtube.com/watch?v=exrcnq6Uac4

La Goulue était une danseuse semblable à celles du film. Aimeriez-vous assister à un spectacle où elle danserait ? Pourquoi, ou pourquoi pas ? Le french cancan était jugé scandaleux et on a tenté de l’interdire. À votre avis, pourquoi cette danse était-elle si controversée ?

Maintenant que vous avez vu l’extrait du film, pensez-vous que Lautrec a bien réussi à capter l’atmosphère du cabaret ? Lautrec a également créé des affiches pour faire la publicité du Moulin Rouge. Faites une recherche de ses œuvres sur internet et trouvez votre préférée. Pourquoi est-elle votre préférée ? Que pouvez-vous apprendre du Paris de la fin du XIXe siècle en analysant les affiches de Lautrec ?

Activités
  • Créez votre propre affiche de théâtre :

Henri de Toulouse-Lautrec a peint de nombreuses affiches pour le cabaret du Moulin Rouge. Faites tout d’abord une recherche de ses créations. Observez ses affiches et notez toutes les différences que vous constatez entre elles.

Puis imaginez que vous êtes peintre, comme lui, et que votre ville vous a chargé de créer une affiche pour un nouveau spectacle de théâtre. Choisissez un théâtre que vous aimez, ou un que vous connaissez, et cherchez quel genre de spectacle il programme. À quels styles artistiques a-t-il recours pour faire la publicité de ses spectacles ?

Choisissez maintenant un spectacle que vous aimeriez y voir. Peu importe le genre : danse, concert, pièce de théâtre, performance, même un spectacle de marionnettes. Après avoir choisi votre spectacle, créez une affiche pour lui. N’oubliez pas que les affiches donnent généralement des informations sur le spectacle. Exposez ensuite votre œuvre en classe.

  • Écrivez une histoire sur La Goulue et sa sœur :

Écrivez une petite histoire ou un poème, ou faites un dessin, mettant La Goulue et sa sœur en scène. Que feraient-elles ? Où iraient-elles ? Que se passerait-il après leur départ du Moulin Rouge ?

  • Faites une recherche sur l’art japonais qui a inspiré Toulouse-Lautrec :

Lautrec observe les artistes de cabaret et les clients avant d’en faire le portrait. Toutefois, au lieu de les peindre de façon réaliste, il s’inspire du style ukiyo-e japonais, qui fleurit au Japon aux XVIIIe et XIXe siècles. Il a aussi été inspiré par le peintre japonais Toshusai Sharaku, qui réalisa des estampes des acteurs du théâtre traditionnel japonais kabuki et leurs expressions exagérées et caricaturales. Les compositions de Sharaku soulignent des poses arborant dynamisme et énergie, qui font preuve d’un réalisme inhabituel dans les estampes de l’époque. Plutôt que de souligner une beauté idéalisée, comme cela est typique dans l’ukiyo-e, Sharaku met l’accent sur des traits peu flatteurs, comme un long nez ou les rides des vieux acteurs.

Tout comme les personnages des estampes gravées sur bois de l’ukiyo-e, les modèles de Lautrec sont réduits à quelques traits. On les reconnaît souvent grâce à leur posture, leur coiffure ou leur tenue caractéristique ; ils ne sont pas représentés avec réalisme [10]. Effectuez des recherches sur le style ukiyo-e et sur l’artiste japonais Toshusai Sharaku, et comparez-les à l’affiche de Lautrec intitulée Au Moulin Rouge, La Goulue et sa sœur. Quelles ressemblances et quelles différences y voyez-vous ? Écrivez un bref essai sur vos conclusions. Vous pouvez trouver des images d’estampes ukiyo-e et de Toshusai Sharaku ici : https://ukiyo-e.org/ 

 

Vocabulaire

Lithographie : technique d’impression employant une pierre plate ou une plaque de métal sur laquelle des zones de l’image sont traitées à l’aide d’une substance graisseuse qui permet à l’encre d’adhérer, alors que les zones qui doivent rester blanches sont traitées de façon à repousser l’encre.

ukiyo-e : terme qui signifie  « images du monde flottant », désigne le genre d’estampe en vogue au Japon aux XVIIIe et XIXe siècles. Ses peintres produisaient des estampes et des peintures gravées sur bois représentant principalement de jolies femmes, des acteurs de kabuki et des lutteurs de sumo, des scènes historiques et des contes populaires, des décors de voyage et des paysages, de la végétation et des animaux, ainsi que des scènes érotiques. L’expression ukiyo-e signifie « image du monde flottant ».

[1] Felix Fénéon, Le Pére Peinard, 30 avril 1893. Dans Halperin, Joan U., Félix Fénéon: Œuvres plus que complètes, 2 vols. (Genève/Paris : Droz: 1970), 230

[2] Vivien Greene, éd. París, fin de siglo: Signac, Redon, Toulouse-Lautrec y sus contemporáneos cat. de l’expo (Bilbao : Musée Guggenheim Bilbao, 2017)

[3] Vivien Greene, éd., París, fin de siglo: Signac, Redon, Toulouse-Lautrec y sus contemporáneos cat. de l’expo (Bilbao : Musée Guggenheim Bilbao, 2017)

[4] Audiogide de l’exposition Paris, fin de siècle. Signac, Redon, Toulouse-Lautrec et leurs contemporains

[5] http://www.moulinrouge.fr/vedette/henri-de-toulouse-lautrec?lang=en

[6] http://www.metmuseum.org/toah/hd/laut/hd_laut.htm

[7] https://www.moma.org/collection/works/62785

[8] https://www.moma.org/collection/works/62785

[9] http://www.metmuseum.org/toah/hd/laut/hd_laut.htm

[10] https://www.moma.org/collection/works/62785

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