Guggenheim
Introduction

Eduardo Chillida
Conseil à l’espace V
Acier
305 x 350 x 350 cm
Guggenheim Bilbao Museoa

“Construire est créer dans l’espace. C’est en cela que consiste la sculpture et, de façon générale, la sculpture et l’architecture” [1].

Eduardo Chillida (Donostia/Saint-Sébastien, 1924─2002) étudie l’architecture à Madrid avant de commencer à cultiver la peinture et, finalement, s’installer à Paris et se consacrer à la sculpture. Sa formation première d’architecte se reflète dans la structure de ses œuvres, dans l’attention qu’il accorde aux matériaux et dans la planification soigneuse des relations spatiales qui caractérisent ses sculptures. Chillida, en effet, concevait la sculpture en relation avec l’architecture et nous a laissé tout un patrimoine de sculptures monumentales installées dans des lieux publics précis, ainsi que des pièces de taille plus conventionnelle.

Connaisseur averti de nombreux matériaux comme le fer, l’acier, le bois, le plâtre et la pierre, Chillida étudie comment le solide entre en relation avec le vide et l‘intérieur avec l’extérieur. Son choix des matériaux est profondément influencé par son environnement et par ses voyages. Dans ses premières sculptures, réalisées à Paris, il opte pour la pierre et le plâtre, matériaux qui conviennent bien à ses études sur les œuvres antiques exposées au Louvre, et s’inspire de la figure humaine et des formes de la nature. À son retour au Pays basque, en 1951, il passe au fer, puis au bois et à l’acier, deux matériaux que représentent les traditions basques dans l’industrie, l’architecture et l’agriculture, mais qui rappellent aussi le paysage classique du Pays basque et ce que Chillida décrit comme sa “lumière obscure”.

En 1968, le philosophe allemand Martin Heidegger découvre l’œuvre du sculpteur Eduardo Chillida et une relation intellectuelle intense se noue entre eux autour d’un thème qui les intéresse tous deux : l’espace. L’œuvre de Chillida pousse le philosophe à réfléchir sur la relation entre les concepts d’art et d’espace et à écrire ses conclusions dans un essai. Un an plus tard, en 1969, un livre d’artiste intitulé L’art et l’espace témoigne de leur collaboration. L’ouvrage, dont sont tirés 150 exemplaires, recueille l’essai de Heidegger assorti de sept lithocollages que Chillida réalise pour l’illustrer. En outre, Heidegger inscrit le texte de sa propre main sur plusieurs pierres, à la demande du sculpteur basque. Dans l’exposition, ces pierres lithographiques sont confrontées aux dalles de Chillida, dont les fentes évoquent aussi une espèce d’écriture. Ce livre d’artiste, cette relation entre la pensée et la production artistique, constitue le point de départ d’une exposition également intitulée L’art et l‘ espace.

L’exposition s’ouvre sur la sculpture Conseil à l’espace V (Consejo al espacio V, 1993). Chillida entreprend les premières études de cette sculpture en 1987 dans le but de l’installer face à la Neue Pinakothek de Munich, bien que ce projet n’aura finalement pas de suite. Dans cette pièce, construite à partir d’énormes plaques d’acier, se fondent une qualité organique et une légèreté uniques, marque distinctive des œuvres en acier de Chillida. Comme la pièce Étreinte XI (Besakarada XI, 1996), appartenant également à la Collection du Musée Guggenheim Bilbao et présente dans cette exposition, cette œuvre reflète la connexion entre l’art et la nature. Conseil à l’espace V peut rappeler une espèce de cheminée, un creux remplit de feu et de chaleur qui dégage son énergie vitale dans l’espace qui l’entoure. Avec cette sculpture, Chillida travaille l’expérience et l’interprétation de l’espace.

1. Eduardo Chillida, conversation avec Mario Terès, in Christa Lichtenstein, Chillida und die Musik. Baumeister von Zeit und Klang, Wienand, Cologne, 1997, p. 73 ; cité in Chillida, 1948-1998, cat. expo., Musée national Centro de Arte Reina Sofía, Madrid, 1998, p. 62.

Source(s) : Kosme de Barañano, “Eduardo Chillida”, in Colección del Museo Guggenheim Bilbao, Guggenheim Bilbao Museoa, Bilbao et TF Editores, Madrid, 2009.

Questions

Regardez attentivement cette sculpture. Qu’observez-vous ? Quels termes utiliseriez-vous pour la décrire ? Réalisez une tempête d’idées pour obtenir une liste de mots que vous suggère la pièce. Puis comparez la liste de chacun avec celle d’autres camarades. Sont-elles semblables ou très différentes ? Discutez autour des mots que chacun a choisis.

Décrivez le matériau de l’œuvre. Si possible, le professeur montrera un morceau d’acier et permettra aux élèves de le toucher afin qu’ils puissent en décrire les qualités. Chillida expérimente avec de nombreux matériaux et surfaces dans ses sculptures. Pourquoi à votre avis l’acier l’a-t-il intéressé comme matériau ? Décrivez pas à pas comment Chillida a pu créer cette sculpture.

Certaines sculptures de Chillida ont été créées pour être installées à l’extérieur. Imaginez que cette pièce a été offerte au village ou à la ville où vous vivez. Quel serait le meilleur espace pour l’installer ? Pourquoi ? Comparez ensemble les différents lieux choisis.

Activités

Cherchez quels sont les matériaux de construction typiques ou les plus importants dans votre environnement. Parlez des usages qui en ont été faits tout le long de l’histoire : dans les chantiers navals, dans l’agriculture et l’élevage, dans la construction de bâtiments. Savez-vous si l’un de ces matériaux a parfois été choisi pour créer une sculpture ? Serait-ce possible ? Chaque élève choisira un de ces matériaux et écrira sur ce que ce matériau précis lui inspire.

Les sculptures de Chillida sont visibles, non seulement dans les musées, mais aussi dans des lieux publics, comme des places et des parcs. Photographiez un espace public de votre zone. Ensuite, créez la maquette d’une sculpture qui, pour vous, mettrait en valeur cet espace d’une façon quelconque. Décrivez comment l’emplacement choisi et la sculpture proposée entrent en interaction.

RESSOURCES

Catalogue exposition : L’art et l’espace. Musée Guggenheim Bilbao, 2017

http://www.museochillidaleku.com/ES/index.html

https://www.youtube.com/watch?v=S6egZWLaVKA

VOCABULAIRE

Lithocollage : Technique qui combine les procédés de la lithographie et du collage.

Pierre lithographique : Support utilisé pour réaliser une lithographie (procédé d’impression qui consiste à tracer un dessin, un texte ou une photographie sur une pierre calcaire).