Guggenheim
Pierre Renoir
La femme à la perruche, 1871

Huile sur toile
92,1 x 65,1 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Collection Thannhauser, Donation Justin K. Thannhauser, 1978

Introduction

“Je retourne avec cette lettre les photographies des deux tableaux. La Femme à la perruche a dû être peint, au plus tard, en 1871 puisqu’après cette date j’ai perdu la piste de la femme qui a posé pour ce tableau. De toute façon, ils n’ont aucune valeur, en particulier la Femme avec un Oiseau [sic]. Je vous prie de ne pas trop vous enthousiasmer avec ces gribouillis”. [1]

Si Pierre-Auguste Renoir (1841–1919) est célèbre pour ses tableaux resplendissants et intimes, il est aussi reconnu par la critique comme l’un des peintres les plus originaux de son époque. À la différence des nombreux peintres impressionnistes qui ont surtout travaillé le paysage, Renoir aimait peindre tant des figures humaines seules et des portraits de groupes familiaux que des paysages. Pour lui, la composition et la forme étaient aussi importantes que les effets de lumière.

Renoir naît à Limoges (France) le 25 février 1841. À 14 ans, il devient apprenti de peintre sur porcelaine et par la suite devint tout un expert en motifs chinois. Les premiers travaux de Renoir reflètent l’influence de deux artistes français : Claude Monet, pour le traitement de la lumière, et le peintre romantique Eugène Delacroix, pour le traitement de la couleur. Renoir expose pour la première fois à Paris en 1864, mais ne commence à être connu qu’à partir de 1874, lors de la première exposition de peintres de la nouvelle école impressionniste. En tant que membre reconnu du groupe impressionniste, il partage avec eux l’intérêt pour capter l’effet fugace de la lumière et de l’atmosphère sur la couleur et la forme. Renoir expose avec ce groupe aux divers Salons des indépendants qu’ils organisent au cours de la décennie de 1870 comme alternative au Salon annuel officiel de Paris, et consolide définitivement sa réputation avec une exposition solo à la galerie Durand-Ruel de Paris en 1883. Pendant les vingt dernières années de sa vie, handicapé par un rhumatisme déformant, incapable de remuer librement ses doigts, Renoir continue de peindre avec un pinceau attaché à son bras. Il meurt à Cagnes-sur-Mer, dans le sud de la France, le 3 décembre 1919.

La femme qui tient la perruche dans sa toile de 1871 Femme à la perruche a été amie et compagne de Renoir pendant six ans. Il s’agit de Lise Tréhot, dont les traits juvéniles sont reconnaissables dans au moins 16 autres toiles peintes par l’artiste entre 1867 et 1872. La femme tient une perruche, un animal domestique populaire et exotique à cette époque. La robe de taffetas noir aux poignets blancs et le ruban rouge font ressortir la chevelure noire et la peau blanche de Lise ; les murs, vert foncé, et les plantes suggèrent un intérieur plutôt bourgeois et surchargé.

La touche légère et riche en textures suggère que l’artiste a capté une adorable et jeune femme bourgeoise dans son temps libre. Cependant, l’importance des tons sombres dans le tableau, l’expression ambivalente de la femme et l’espace étouffant qu’elle occupe indiquent qu’il ne s’agit pas de la simple vision d’un passe-temps frivole. Les feuilles pointues des plantes aux pieds du modèle se rapprochent d’elle et semblent cerner son espace et celui de l’oiseau. La robe élaborée, avec ses volants et son ruban rouge, et l’expression pensive font penser que cette image de femme est la métaphore d’un oiseau en cage. Dans la peinture de genre des années 1860 et 1870, les femmes vêtues aussi somptueusement étaient généralement considérées comme des courtisanes de haut vol. Parfois, la perruche et la cage dorée sont interprétées comme autant de symboles érotiques. Le thème de la femme avec une perruche apparaît dans l’œuvre des années 1860 de Courbet, Manet et Degas. Ce tableau a également été décrit comme une fête de la couleur noire, que Renoir appelait “la Reine des couleurs”.

Questions

Montrez la toile Femme à la perruche, 1871, et demandez à vos élèves :

Décrivez ce tableau à un camarade de classe avec le plus de détails possibles. Qu’avez-vous découvert en décrivant le tableau que vous n’aviez pas vu au premier regard ?

Décrivez le milieu que suggère le tableau. Où sommes-nous ? De quelle époque s’agit-il ? Que voyez-vous qui justifie vos conclusions ? Si ce tableau prenait vie, quels sons entendriez-vous ? Que se passerait-il ensuite ?

Adoptez la pose de la femme du tableau. Décrivez comment vous vous sentez.

Décrivez un jour de sa vie. À quelle heure se lève-t-elle ? Que déjeune-t-elle ? Quel est le type de choses qu’elle peut faire un jour quelconque ? Quels détails du tableau justifient vos idées ? En quoi pensez-vous que la vie de cette femme est semblable ou différente de la vôtre ? Aimeriez-vous vivre sa vie pendant un jour ? Pourquoi oui ou pourquoi non ?

Il s’agit du portrait d’une femme que Renoir a connue, appelée Lise Tréhot (1848–1922). Elle a 23 ans quand elle pose pour ce tableau. Si vous le pouviez, que lui demanderiez-vous ?

Activités

Si vous vouliez vous faire représenter par un artiste, quels traits aimeriez-vous qu’il souligne ? Dans quel cadre vous placeriez-vous ? Comment vous habilleriez-vous ? Quelle pose adopteriez-vous ? Faites une esquisse de ce portrait.

Dans cette œuvre, nous voyons comme s’habillait une femme de la bourgeoisie en 1871. Recherchez, à la bibliothèque ou sur Internet, comment s’habillaient un homme, un enfant ou une personne appartenant à une classe inférieure. Comment les modes de chaque temps reflètent-elles le style de vie et les valeurs culturelles ? Comme la mode actuelle reflète-t-elle le mode de vie et la culture d’aujourd’hui ?

Cette toile, Femme à la perruche, a été décrite comme une ode à la couleur noire, que Renoir appelait “la Reine des couleurs”. Pourquoi Renoir pensait-il cela ? En quoi êtes-vous d’accord ou en désaccord avec lui ? Réalisez une peinture dans laquelle la couleur dominante est le noir. Une fois l’œuvre terminée, étudiez à nouveau la phrase de Renoir.

Relisez la citation au début de ce texte. Il est clair qu’en revoyant ce tableau 40 ans plus tard, Renoir ne s’en souvient pas et dit de l’œuvre qu’”elle ne vaut rien”. Pensez-vous que les artistes sont toujours ceux qui jugent le mieux la valeur de leur travail ? Pourquoi ? Avez-vous déjà été félicité/e pour un travail que vous n’appréciez pas ? Avez-vous déjà présenté une œuvre ou un travail que vous appréciez et qui a été critiqué par les autres ? Comment les artistes évaluent-ils leur propre travail ?

L’écrivain français Emile Zola (1840–1902) était contemporain de Renoir. L’œuvre littéraire de Zola offre une vision de la vie parisienne à la fin du XIXe siècle. Entre 1871 et 1893, Zola écrit une série de 20 romans intitulée Les Rougon-Macquart qui traite de l’histoire des deux branches d’une famille (les Rougon, commerçants bourgeois, et les Macquart, un groupe de contrebandiers). Après des recherches méticuleuses, Zola a créé un panorama éblouissant et détaillé de la vie en France, et plus précisément à Paris, à la fin du XIXe siècle. Demandez aux élèves de lire des passages des œuvres de Zola, sur Internet ou à la bibliothèque, et de débattre en classe sur eux.

VOCABULAIRE

Impressionnisme : France, durant la décennie de 1870. Les peintres impressionnistes abandonnent la recherche traditionnelle de l’illusion de profondeur pour reproduire l’espace réel dans la peinture académique pour explorer la capacité de la peinture à refléter les effets fugaces de la nature et les particularités de la sensation visuelle. Ils partagent comme ressources stylistiques une touche légère et le rejet de la technique du clair-obscur (effets d’ombre et de lumière).

Peinture romantique : Style artistique du XIXe siècle qui se rebelle contre les règles de l’école dominante et recherche des sources d’inspiration alternatives.

Salon : En France, au XIXe siècle, les salons sont les principales expositions qui présentent au public l’œuvre d’artistes nouveaux et consolidés.

RESSOURCES

Pach, Walter, Pierre Auguste Renoir. New York : Harry N. Abrams, 1950.

Renoir, Jean Auguste, Pierre-Auguste Renoir, mon père. Nouvelle édition, Collection Folio, Gallimard, 1999.

Rewald, John, The History of Impressionism, 4ème éd. New York : Museum of Modern Art, 1973.

Matthew Drutt, éd., The Thannhauser Collection of the Guggenheim Museum. New York, Guggenheim Museum, cop. 2001.

NOTES

[1] Thannhauser: The Thannhauser Collection of the Guggenheim Museum. Nueva York, Guggenheim Museum Foundation, 2001, p. 206.