Guggenheim
Naturaleza muerta | Obras | Guggenheim Bilbao Museoa
Naturaleza muerta | Obras | Guggenheim Bilbao Museoa
Giorgio Morandi
Nature morte (Natura morta), 1956

Huile sur toile
40,7 x 36,2 cm
Collection Augusto et Francesca Giovanardi
© Giorgio Morandi, VEGAP, Bilbao, 2019

Introduction

“Les sentiments et les images que suscite le monde visible en nous sont très difficiles à exprimer ou peut-être inexprimables avec des mots, car ils sont définis par des formes, des couleurs, l’espace et la lumière”. Morandi, 1957

Giorgio Morandi (1890–1964) a passé quasiment toute sa vie dans sa ville natale, Bologne, cité italienne de grande tradition culturelle. Bien qu’il ait connu un grand succès au niveau international, il n’aimait pas voyager. Au cours de sa vie, il n’a visité que des villes relativement proches de son lieu d’origine, comme Padoue, Florence, Venise, Milan ou Rome, et Winterthur, en Suisse. C’est là qu’il a pu contempler, dans la collection du comte Contini-Bonacossi, les toiles d’artistes espagnols aussi importants que Murillo, Velázquez, Le Greco ou Zurbarán. Ces œuvres ont profondément influencés sa façon de peindre, notamment par leur éclairage et la sobriété des scènes.

Nature morte (1942) est un tableau extrêmement sobre et austère, duquel émane un profond silence. Cette image ne contient que deux objets de porcelaine blanche : au centre se dresse une bouteille originale qui, étant le seul élément vertical de la composition, prend toute la place, associée à une petite tasse du même matériau, légèrement inclinée, appuyée contre la bouteille et profusément éclairée. De fait, cette peinture est particulièrement remarquable par cette lumière argentée qui baigne la scène et qui se reflète magistralement sur la surface irrégulière de la porcelaine.

À partir de la fin des années quarante, dans les natures mortes de Morandi commencent à apparaître des objets juxtaposés ou placés les uns à côté des autres, soigneusement disposés sur un plan.

Les éléments qui apparaissent sur cette image restent des ustensiles ménagers, quotidiens, mais ils ne sont plus séparés les uns des autres comme dans les premiers tableaux de sa carrière. Ils forment en effet des masses compactes, comme c’est le cas dans cette autre toile, intitulée Nature morte (1956).

Cette œuvre fait partie de la dernière époque picturale de Morandi, qui se caractérise par la présence de formes cubiques qui prennent presque toute la place dans ses natures mortes. Au premier plan apparaissent trois inquiétantes formes cubiques peintes avec des couleurs douces mais bien définies. Au second plan, l’artiste situe trois bouteilles et une cruche, qui dotent la scène d’une certaine verticalité, à côté d’une boîte basse cylindrique. Les deux rangées d’objets, l’une derrière l’autre, suscitent une remarquable sensation de profondeur spatiale. En recourant à des couleurs plus sombres pour représenter plusieurs éléments verticaux (bouteilles), le tableau parvient à créer dans son ensemble une élégante harmonie chromatique.

L’année où Morandi a peint cette Nature morte, il s’et rendu pour la première fois dans la ville suisse de Winterthur, où il a vu les toiles de Jean-Baptiste Siméon Chardin, un peintre réputé du XVIIIe siècle, connu pour être un maître du silence et de la lumière. Comme Morandi, Chardin a peint au cours de sa carrière de nombreuses natures mortes, dont il organisait les objets avec un apparent désordre, pour renforcer le naturel de la scène. Morandi s’est particulièrement intéressé au tableau Le Château de cartes et il y a étudié attentivement la disposition des cartes, qu’il a peut-être voulu émuler dans sa Nature morte de 1956 avec les formes cubiques disposées au premier plan.

Questions

Commencez par décrire l’œuvre : Combien d’objets y a-t-il ? De quelle taille ? De quel type ? Quels sont-ceux qui se détachent ? Comment l’artiste est-il parvenu à faire en sorte que certains se détachent par rapport aux autres ?

Dans l’œuvre Nature morte (1942), seuls apparaissent deux éléments : une bouteille plutôt extravagante et une tasse, toutes deux de porcelaine blanche. À qui peuvent appartenir ces objets si fins et délicats ? Quel type de boisson pourrait contenir une bouteille d’allure si raffinée et élégante ?

Pour Morandi, les seuls sujets qui valaient la peine d’être reproduits artistiquement étaient le paysage, les fleurs et les natures mortes. C’est pourquoi ces sujets sont pratiquement les seuls qu’il a peints et repeints tout le long de sa carrière, en accordant une grande attention aux natures mortes. Si vous deviez choisir trois sujets qui vous inspirent pour composer vos œuvres artistiques (musicales, littéraires, plastiques, etc.) pendant toute votre vie, quels seraient-ils ? Quel est selon vous le lien qui relie les sujets que vous avez choisis avec vous ? Et avec votre contexte social, culturel, temporel ?

Morandi s’inspirait de petits détails des tableaux de maîtres anciens qu’il admirait. Par exemple, dans Nature morte (1956), un parallélisme est perceptible entre les boîtes qui apparaissent au premier plan et les cartes peintes par Chardin dans son œuvre Le Château de cartes (1736–1737). Cherchez sur internet ce tableau de Chardin et placez-le à côté de celui de Morandi ; comment décririez-vous le parallélisme entre les deux ? Tandis que les formes cubiques du tableau de Chardin sont clairement des cartes empilées, dans le cas de la toile de Morandi, on ne sait pas ce qu’elles représentent ; selon vous, de quoi pourrait-il s’agir ? Quelle est alors leur relation avec les bouteilles, la cruche et la boîte que par contre nous identifions dans cette même scène ?

Activités
Composer, couper et coller

L’œuvre Nature morte (1942) est uniquement composée de deux éléments placés au centre d’une table par ailleurs vide : une carafe et une tasse, toutes deux de porcelaine blanche. Imprimez au format DIN-A3 et en noir et blanc ce tableau de Giorgio Morandi, afin de relever le défi de compléter cette vaisselle si bizarre. Pour cela, imaginez d’abord comment serait le reste des pièces : quelle forme aurait une cruche ou une soupière pour qu’ils s’harmonisent avec cette bouteille si particulière ? Et comment serait la soucoupe sur laquelle reposerait cette petite tasse ? Vous pouvez aussi penser à d’autres ustensiles ménagers ou à des compléments qui pourraient aussi former partie de cet ensemble, comme par exemple des couverts, des serviettes ou des objets décoratifs d’un intérieur, de type chandelier ou vase à fleurs. Cherchez dans divers catalogues ou brochures d’articles ménagers physiques ou sur internet tous les objets qui selon vous pourraient compléter la scène. Comme dans un collage, découpez-les et collez-les autour des deux objets centraux pour créer une nouvelle nature morte. Une fois le montage terminé, exposez vos créations et commentez de quelle façon chacun a transformé l’œuvre de Morandi en lui ajoutant d’autres éléments.

Construire et dessiner

Dans les dernières toiles de Morandi, comme Nature Morte (1956), apparaissent fréquemment des boîtes rectangulaires, autrement dit, de petites constructions en carton qu’il confectionnait probablement de ses propres mains, puisque certaine sont été retrouvées dans son appartement-atelier de Bologne. Cherchez sur internet des modèles imprimables de différents corps géométriques, comme un cube, un cylindre, une pyramide, un cône, etc. Chacun peut choisir trois prismes et les construire à partir du modèle imprimé. Alternativement vous pouvez imprimer les modèles sur des feuilles de différentes couleurs ou les peindre afin de créer des compositions au goût de chaque créateur. Une fois que les trois éléments sont construits, placez-les sur une surface neutre et combinez-les avec trois autres objets quotidiens que vous avez sous la main (un étui, un compas, une bouteille…). Avec les six éléments, composez une image évoquant celle créée par Morandi, en essayant de placer les objets sur deux rangs de suite afin de créer une certaine sensation de profondeur, en les séparant et en les rapprochant entre eux, en les juxtaposant, etc. Une fois obtenue la composition recherchée, vous pouvez la photographier pour en garder une preuve.

Liens

Article sur Giorgio Morandi :
https://www.efe.com/efe/espana/cultura/la-transformacion-interior-que-sufrio-el-pintor-morandi-se-expone-en-roma/10005-2567995#
Le Château de cartes de Chardin : http://www.elcuadrodeldia.com/post/90342731863/jean-siméon-chardin-el-castillo-de-naipes-h
https://en.wikipedia.org/wiki/Giorgio_Morandi
https://www.art-is-fun.com/giorgio-morandi-still-life

NOTA

[1] Giorgio Morandi, dans un entretien avec L. Vitali, 1957 ; cité in M. C. Bandera & R. Miracco, éds., Morandi 1894–1964, Bologne : Museo d’Arte Moderna di Bologna, 2008 ; p. 295.