Guggenheim
Dans notre vie quotidienne, le design est un outil efficace pour parler de nous-mêmes, pour montrer notre sentiment d’appartenance et ce qui nous distingue des autres. Il y a une nouvelle génération d’Africains qui se considèrent tout naturellement comme éléments d’une culture globale et qui, par conséquent, utilisent les réseaux sociaux, les blogs et You Tube comme scène de leur propre expression. La fête et le divertissement acquièrent une dimension politique, comme il se passa dans les années cinquante, lorsque la plupart des pays du continent obtinrent l’indépendance et des photographes comme Malick Sidibé ou Seydou Keïta immortalisèrent les sentiments d’une nouvelle ère.

En Afrique, le développement social et culturel ne cherche pas seulement à copier les tendances qui surgissent dans le monde, comme l’ont prouvé certaines sous-cultures florissantes et entre autres les metalheads du Botswana ou les sapeurs de la République du Congo. Les deux groupes adoptent le style occidental, avec le cuir et les clous, ou les costumes élégants et les panamas, mais réinterprètent les codes esthétiques d’une manière tout à fait originale et unique, faisant naître une forme culturelle authentiquement africaine. La mode aussi est utilisée comme véhicule pour explorer les frontières entre les sexes– en passant de la séduction aux rôles de genre– et sert de moyen d’expression aux minorités sexuelles.

La dimension politique inhérente à tous ces travaux se complète souvent d’une approche sociale. Les immeubles de Kunlé Adeyemi pour Chicoco Radio prouvent à quel point la résistance civile peut se manifester dans l’architecture. Pour sa part, la céramiste Lucinda Mudge aborde à travers sa série de vases imitant l’esthétique de la porcelaine chinoise, la peur de la délinquance, les inégalités sociales et d’autres problèmes qui touchent l’Afrique du Sud, son pays natal.

Dans le monde je m’achemine, je me crée interminablement.

Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952

"Dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement."

Le magazine Clam

CLAM est un magazine pour hommes et femmes où la mode, l’architecture, la musique, le design, les arts, les loisirs, les voyages, les entrepreneurs sociaux et le design africain peuvent s’exprimer. Pour les fondateurs, le magazine est un forum d’images : un lieu où les images peuvent être présentées, partagées et discutées.

Clam est publié à Paris par Clam Studio qui développe des concepts d’image, du design graphique et des publicités pour ses clients. Les 11 dernières années, il a été publié deux fois par an au Japon, aux États-Unis, en Europe et au Brésil. Il est traduit dans plusieurs langues et couvre l’actualité d’une large gamme de personnalités intéressantes.

Les fondateurs disent : « L’idée du magazine était juste de parler de ce que nous aimons vraiment. Nous faisons cela parce que nous aimons cela. Nous ne nous occupons pas des tendances. Mais nous estimons que Glam reste un magazine de mode parce qu’il s’agit en fait d’un magazine sur la créativité présentée visuellement. Il parle également d’entrepreneuriat social, d’innovation et de beaucoup d’autres choses, mais à partir d’un point de vue très humain. »

J.D. ‘Okhai Ojeikere : Coiffures (Hairstyles)

Avec son projet Hairstyles couvrant plusieurs décennies, le photographe nigérian J.D. ‘Okhai Ojeikere éleva les têtes des Nigérianes au rang d’oeuvres d’art.

Il a documenté sur près de quarante ans et en près de mille photographies la diversité de l’art capillaire nigérian. Il créa ainsi un fonds historique illustrant l’évolution esthétique au Nigeria et son importante diversité culturelle dans ce domaine. Ses clichés sont réalisés dans la rue, dans les bureaux et dans des fêtes. Ils présentent leur motif dans une mise en scène stricte : toujours de dos, parfois de profil et d’en haut. Les contrastes offerts par les photographies en noir et blanc mettent en avant le degré d’abstraction et l’aspect sculptural de l’art capillaire. Ojeikere observait avec plaisir les créateurs de ces chefs d’oeuvre, les coiffeurs, pendant qu’ils travaillaient et utilisait ses photos pour transformer ces coiffures obtenues par des professionnels en sculptures.

D’un côté, les différents styles sont purement décoratifs mais souvent chargés de symbolisme : ils peuvent refléter l’environnement social ou culturel de la femme-modèle. Pour pouvoir conserver l’esthétique et l’histoire qui se cachent derrière l’image, Ojeikere ajoutait à celle-ci la date et la localisation exactes, le nom du modèle et la signification qu’avait la coiffure pour la femme qui la portait. Mais en dehors de leur valeur documentaire et esthétique, les pièces possèdent aussi un fort impact photographique. Aux yeux d’un occidental, les portraits d’Ojeikere ouvrent habituellement une porte vers une forme artistique auparavant inconnue.

Mário Macilau : Moments de transition (Moments of Transition)

Avec la série Moments de transition (Moments of Transition), le photographe Mário Macilau se propose de capter la recherche d’identité des jeunes Mozambicains actuels.

Les photos ont été prises le dimanche, le jour où les jeunes des villes ont le temps et l’occasion de s’habiller et de se comporter comme ils veulent, de se détendre en passant la journée ensemble. Le style des vêtements est un mélange toujours changeant de mode urbaine et de costumes traditionnels et nait d’une compétition constante pour impressionner et de la nécessité de prouver que l’élégance doit toujours se réinventer. En choisissant leurs vêtements et leur attitude, les jeunes de Maputo ne cherchent pas seulement à impressionner les autres. Leur style leur permet de s’assurer une place dans le groupe, de se créer une identité individuelle et de la transmettre au monde. Ce mouvement juvénile est très influencé par la mode et le style de vie occidentaux. Les étudiants qui reviennent d’Europe au Mozambique ramènent de nouvelles influences de l’industrie de la mode et le florissant marché des vêtements d’occasion garantit une demande croissante de vêtements européens. Pourtant, le langage visuel de Macilau rend aussi hommage à l’essor de la photographie de studio africaine du milieu du XXe siècle, qui créa une passerelle avec une génération qui, comme la jeunesse africaine actuelle, s’attribua un avenir prometteur et adopta par là-même un style qui s’accordait à ses expectatives : la génération des années 1960 et 1970, qui fêtait la libération du colonialisme.

MISWudé : Waxology

Waxology est le résultat de la collaboration entre la marque de mode et de bijoux MISWudé et le photographe Fabrice Monteiro.

Les bijoux corporels sont réalisés à partir de tissus de coton teintés à la cire qui sont ensuite coupés en bandes avant de passer par différentes finitions et être mis en forme. Aussi bien la matière que la forme s’inspirent des traditions africaines de l’artisanat d’art. L’esthétique rappelle également les études anatomiques du XVIII siècle. La composition ornementale joue par la même occasion avec le même érotisme subtile que la lingerie sensuelle typique de l’Afrique de l’Ouest qui met en valeur ce qu’elle cache. Le rôle joué par le tissu qui a donné son nom à l’oeuvre (nommé tout simplement wax en français) est cependant incontournable pour la comprendre : ce tissu qui est profondément ancré dans l’univers esthétique de l’Afrique de l’Ouest est le symbole de l’absence de souveraineté de l’Afrique. Il est en effet un produit de l’expansion coloniale, il n’a jamais été produit en Afrique et aujourd’hui encore il n’est lié à l’Afrique qu’au niveau de la consommation et de la finition. La réinterprétation créative et constructive du tissu dans Waxology, son découpage en bandes et leur assemblage l’affranchissent de son contexte colonial et symbolisent ainsi rien de moins que la redécouverte de l’identité esthétique africaine.

Malick Sidibé: Nuit de Noël (Happy Club)

Cette photo fut prise à Noël 1963 à Bamako, probablement très tard dans la nuit, si on en croit les bouteilles vides visibles au fond, par terre. Au centre, un couple d’Africains danse. La femme est pieds nus et porte sa plus belle robe. L’homme est chaussé de mocassins et porte un élégant costume blanc. Leurs têtes sont très rapprochées, ils sourient et dansent au son de la musique occidentale, probablement du rock ou du twist.

Cette surprenante photographie, pleine d’intimité, d’entrain et de joie de vivre, fut prise par le photographe Malick Sidibé durant l’une de ses sorties dans la nuit animée de la capitale du Mali, au début des années 1960. Sidibé est l’un des rares artistes à avoir su capter le style de vie florissant d’une nouvelle génération d’Africains sûre d’elle-même, libérée du colonialisme et passionnée de mode occidentale et de fêtes exubérantes : des hommes longilignes avec des pantalons moulants à pattes d’éléphants et des chaussures à plateforme s’amusent en compagnie de belles femmes portant des mini-jupes vaporeuses et des sandales modernes. Sidibé, qui appartenait à cette nouvelle culture juvénile, prenait des photos de plusieurs fêtes tous les soirs, les développait dans son studio à l’aube et les vendait le jour suivant, comme des gâteaux tout juste sortis du four. « La musique nous libérait », a-t-il commenté. « Tout d’un coup, les jeunes avaient le droit de s’approcher des filles et de les prendre dans leurs bras. Avant, c’était interdit. Tous voulaient qu’on les prenne en photo à danser ensemble. Et après, ils voulaient voir les photos immédiatement ! ».

Omar Victor Diop : Studio des Vanités (The Studio of Vanities)

Avec son projet Studio des Vanités (The Studio of Vanities), Omar Victor Diop présente au spectateur la scène artistique et culturelle d’un Dakar en pleine ébullition en photographiant les artistes, designers artistiques, créateurs de mode et musiciens les plus modernes de sa génération.

Le résultat est une collection de portraits au charme surprenant et captivant. Diop choisit soigneusement les fonds et les dessins pour mettre en valeur la personnalité et les références culturelles du sujet. Ainsi, il marie à la perfection la couleur du kenté avec les vêtements de la créatrice de mode Selly Raby Kane, qui pose décontractée, ou fusionne ceux de l’artiste Mame-Diarra Niang et du mannequin Aminata Faye avec le dessin d’un fond africain. De cette manière particulière, Diop vient s’inscrire dans la tradition de la photographie de studio africaine, personnifiée par Malick Sidibé et Seydou Keïta. Avec ses propres créations, pour lesquelles il utilise des techniques modernes, Diop rend hommage au travail pionnier de ces photographes. Au lieu de se contenter de créer des images époustouflantes d’une génération jeune et séduisante, Diop définit ses photos de manière progressive, en prenant des décisions sur la pose, le fond et les accessoires qui interviennent aux côtés du sujet pendant le processus de réalisation du portrait. Ainsi, il se rapproche davantage de l’essence de l’individu photographié, pour mieux rendre justice à la multiplicité et à l’énergie du panorama culturel actuel de Dakar.

Wangechi Mutu-
The End of Eating Everything (Tout manger, c’est fini)

Ce court-métrage d’animation s’intitule The End of Eating Everything. Il s’agit d’une collaboration entre l’artiste visuelle kenyane Wangechi Mutu et l’extraordinaire chanteuse Santigold.

Dans le court-métrage, on distingue une femme qui ressemble à Méduse planant au-dessus d’un paysage post-apocalyptique. Ce personnage est interprété par la chanteuse nord-américaine Santigold. Elle fond sur une nuée d’oiseaux et se met à les dévorer avidement. Son corps palpitant et monstrueux devient graduellement visible et révèle qu’il est couvert de blessures. Des extrémités humaines et des pièces de machines germent d’elle tandis que ses pores libèrent une fumée empoisonnée. Elle implose finalement donnant naissance à de nombreuses têtes de femme. Ce monstre symbolise la planète Terre et la consommation insatiable de la société moderne.

Le film associe quelques-unes des inventions les plus créatives de Wangechi Mutu jusqu’à cette date. Il inclut sa série Tumor de 2005 dans laquelle le cancer était une métaphore de notre existence actuelle. De même, dans The End of Eating Everything la créature en forme de planète est perdue dans une atmosphère polluée et est conduite ardemment de par sa voracité à sa propre destruction.