Guggenheim
Monira Al Qadiri: Cuarto sagrado

Le programme des expositions de la salle Film & Vidéo accorde une attention constante aux pratiques artistiques associées à l’image en mouvement et explore la fructueuse relation existante entre les arts visuels, l’installation filmique et la culture contemporaine comprise dans son sens le plus large.

Monira Al Qadiri (1983) est une artiste koweïtienne née au Sénégal, formée au Japon et habitant aujourd’hui Berlin. Son travail se penche, par le biais de multiples supports, sur des aspects méconnus de l’histoire coloniale, sur les cultures du pétrole et sur la formation des identités dans le contexte du Moyen-Orient. Dans une région dont l’intérêt géostratégique est intimement lié aux ressources énergétiques, la transformation radicale des modes de vie locaux suit le rythme de l’accélération de l’impact industriel subi par les écosystèmes planétaires. Dans ses paysages sablonneux, qui atteignent les températures les plus élevées de la planète, l’artiste découvre des potentiels narratifs qui nous projettent en même temps vers le passé préhistorique et vers un avenir, de moins en moins hypothétique, de surchauffe et de désertisation mondiale.

Cette œuvre récente, intitulée Quart sacré (2020), nous emmène en un parcours onirique à travers une immense enclave du nom de Rub al-Khali, située à cheval sur l’Arabie saoudite, Oman, les Émirats arabes unis et le Yémen. La profondeur des images aériennes du film n’a d’égale que celle de sa bande son, composée par Fatima Al Qadiri, la sœur et collaboratrice habituelle de l’artiste. Prenant le son comme moteur de sa fiction, Quart sacré part de l’histoire de l’explorateur britannique Harry St. John Philby qui dans les années 1930 traversa le désert arabe en quête de la mythique citée perdue d’Ubar. D’après le Coran, cette « Atlantide des sables » fut détruite par la colère divine à une époque immémoriale. À sa place, l’explorateur découvrit les vestiges de l’un des plus importants impacts de météorites visibles sur notre planète. On trouve toujours aujourd’hui des fragments minéraux de cet impact éparpillés autour du cratère de Wabar — que Philby avait tout d’abord pris pour un volcan. Ces pierres sont pour Monira Al Qadiri les émissaires d’un esprit cosmique et collectif.

Par l’entremise d’un discours prononcé d’une voix grave et lente, l’esprit de Wabar accompagne les images et il se matérialise, sur le lieu de l’exposition, sous forme d’un impressionnant ensemble de sculptures. Faits de verre soufflé, à la fois délicats et d’une épaisseur massive, ces objets iridescents évoquent en même temps des perles noires et de grandes gouttes de pétrole brut. Parlant à la première personne dans le film, ils racontent l’histoire de leur arrivée sur notre planète et expriment leur commotion face aux catastrophes imminentes, tout en nous encourageant à travailler ensemble pour les empêcher d’arriver.

Curator: Manuel Cirauqui

Images de production audiovisuelle :
Monira Al Qadiri. Quart sacré (Holy Quarter, 2020). Installation, vidéo de 20 minutes et 46 sculptures en verre (photogramme). Commande de la Haus der Kunst, Munich. Courtoisie de l'artiste © Monira Al Qadiri

Vue de l’installation :
Monira Al Qadiri, Quart sacré (Holy Quarter, 2020). Vue de l’installation à la Haus der Kunst, Munich. Vidéo de 20 minutes et 46 sculptures en verre. Photo : Maximilian Geuter. Courtoisie de l'artiste © Monira Al Qadiri

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Monira Al Qadiri : Quart sacrée