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Introduction

Une bonne œuvre d'art ne doit jamais offrir une unique lecture. Mon travail est rempli de contradictions. Une œuvre d'art est ouverte : ce sont les spectateurs qui observent l'œuvre qui la créent, en utilisant leur propre expérience. Une lampe dans mon travail peut faire penser à un interrogatoire policier, mais aussi à quelque chose de religieux, comme un cierge. En même temps, elle renvoie à une peinture très appréciée, avec une unique lumière qui brille. Il existe de nombreuses manières d'observer une œuvre. D'une certaine façon, elle doit être « défocalisée » pour que tous puissent reconnaître quelque chose d'eux-mêmes quand ils la regardent¹.

Au début des années soixante, les artistes commencent à incorporer l'image photographique dans leurs travaux et à explorer le concept de l'œuvre d'art comme moyen d'archivage. Au lieu de prendre leurs propres clichés, certains s'approprient d'images existantes et les intègrent dans leurs œuvres. Considérée initialement comme une méthode de travail plutôt radicale, cette stratégie de l'appropriation est aujourd'hui utilisée par de nombreux artistes qui peuvent compter sur l'immense dépôt d'archives que représente Internet.

Depuis la fin des années 1960, Christian Boltanski (Paris, 1944) travaille avec des photographies qu'il recueille de sources banales. Mettant l'accent sur l'ordinaire, au lieu d'utiliser des clichés originaux dans ses installations, il se procure souvent de vieilles images qu'il rephotographie pour rendre hommage aux gens courants. Boltanski cherche à créer un art qui ne puisse être distingué de la réalité et a ainsi déclaré que, pour lui, « le moment le plus fascinant est quand le spectateur n'a pas réalisé la connexion artistique ; et plus il peut retarder cette association, mieux ça vaut »². En s'appropriant des souvenirs de vies d'autres personnes et en les replaçant dans un contexte artistique, Boltanski explore le pouvoir qu'a la photographie pour aller au-delà de l'identité individuelle et pour fonctionner plutôt comme témoin de rituels collectifs et de souvenirs culturels partagés.

Humains est un de ces grands formats réalisés par Boltanski qui évoque l'atmosphère contemplative d'un théâtre ou d'un lieu de culte. L'installation compte plus de 1200 photos que l'artiste a tirées de documents quotidiens, tels que passeports, cartes d'étudiant, journaux, albums familiaux et fiches policières, éclairées et en même temps masquées par les ampoules qui pendent. La disposition des clichés ne permet pas d'identifier ou de replacer dans un contexte ces individus sans nom, de distinguer les vivants des morts, les victimes des criminels. Chaque trace d'une vie humaine a été réduite à une même taille pour occulter les signes distinctifs de chaque personne et suggérer l'uniformité de tout le groupe. Étant disposées au hasard, les images ne racontent aucune histoire précise. Dans ce contexte fantasmagorique, Boltanski entremêle l'émotion et l'histoire, juxtapose l'innocence et la culpabilité, la vérité et le mensonge, la sentimentalité et la profondeur. Personnelle et universelle à la fois dans ses références, l'œuvre de Boltanski est un monument aux victimes de guerres et conflits.

 Citations
1 Tamar Garb in conversation with Christian Boltanski. In Christian Boltanski, Phaidon Press, Londres, 1997, p. 24.
2 Cité dans Christian Boltanski: Lessons of Darkness (dernier accès : 15 octobre 2010).

Questions
  • Montrez à votre classe Humains.
    Quelle est votre réaction face à cette œuvre ? Quel état d’âme vous produit-elle ?
  • Cette œuvre a été construite uniquement à partir de deux matériaux simples : des photos et des lumières. A quoi associez-vous chacun de ces éléments ? Comment l’artiste suggère-t-il un état d’âme au moyen de l’emploi et de la manipulation de ces matériaux ?
  • Boltanski a déclaré : « Une partie de mon travail traite de ce que j’appelle la ‘petite mémoire’. La grande mémoire est archivée dans des livres et la petite s’occupe de choses mineures, de trivialités, de plaisanteries. Une part de mon œuvre vise à préserver cette ‘petite mémoire’, car, souvent, lorsque quelqu’un meurt, ces souvenirs disparaissent. Pourtant cette ‘petite mémoire’ est celle qui distingue les personnes, celle qui les rend uniques. Ces souvenirs sont très fragiles ; je voulais les préserver.»¹ Croyez-vous que cette œuvre réponde à l’objectif de Boltanski ? Expliquez.

Citations
1 Tamar Garb in conversation with Christian Boltanski , p. 19.

Activités
  • Boltanski affirme: « Je ne prends jamais de photos. Je ne me sens pas photographe, mais plutôt quelqu’un qui recycle »¹. Choisissez l’image d’une personne anonyme tirée d’Internet, d’un journal ou d’un magazine et distribuez-en des photocopies parmi vos élèves. Demandez-leur d’inventer et d’écrire le profil de ce personnage — sa vie —, en incorporant ce que Boltanski appelle la « grande » et la « petite » mémoire. Ce profil écrit devra être basé sur la photo. Une fois qu’ils auront fini d’écrire, faites-leur partager les profils qu’ils auront créés.
  • Christian Boltanski a grandi dans les années postérieures à la Seconde Guerre Mondiale en sachant que son père, juif, avait dû rester caché sous le parquet de l’appartement familial, à Paris, pendant une année et demie pour éviter d’être arrêté par les nazis. Même si Boltanski n’insiste pas sur l’histoire familiale, une profonde réflexion sur la foi, la mémoire et la perte marque son travail artistique. Boltanski dresse des monuments commémoratifs pour ceux qui souffrirent les horreurs de l’Holocauste, mais ses œuvres nous parlent aussi d’autres holocaustes, comme ceux du Cambodge, de Bosnie, du Rwanda ou du Darfour. Souvent l’artiste cherche à rendre hommage aux inconnus et aux personnes disparues.
  • Évoquez avec vos élèves les différents types de monuments et de cérémonies commémoratives qui nous aident à nous souvenir de ceux qui ont péri dans un génocide. Certains préfèrent un geste symbolique individuel, comme allumer une bougie ou garder un moment de silence. D’autres peuvent écrire un poème, planter un arbre, s’entretenir avec un survivant ou organiser une cérémonie ou une activité. Mais le principal objectif est le même: rendre hommage aux victimes, honorer les survivants et contribuer à la lutte contre les préjugés, la discrimination et le racisme.
  • Demandez ensuite à vos élèves de chercher un ou plusieurs exemples de génocide et de concevoir une façon de rendre hommage aux disparus. Vous trouverez des ressources pour cela sur les sites de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture), de l’organisation Teaching Tolerance ou de l’United States Holocaust Museum.
  • Un geste commémoratif peut aller de l’offrande d’une fleur à la construction d’un monument permanent à grande échelle. Vos élèves peuvent honorer un évènement, une personne, un groupe de personnes, voire même une mascotte. Pensez à quelque chose ou à quelqu’un à qui vous aimeriez rendre hommage et élaborez une esquisse à partir des éléments suivants :- Quel(s) matériau(x) employer ?
    – Quelle taille aura l’objet ?
    – Sera-t-il permanent ou temporaire ?
    – Quel sera l’emplacement idéal ?
    – Quelle description ajouter ?
  • Quand ils auront fini, faites-leur partager leurs idées avec leurs camarades et comparer les possibilités de leurs projets.

Citations
1 Tamar Garb in conversation with Christian Boltanski, p. 25.